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Art & Culture

Art & Culture

par Hugues Folloppe


Van Gogh: un génie derrière les verrous

Publié par Hugues Folloppe sur 11 Juin 2022, 09:02am

Catégories : #Vincent Van Gogh, #Histoire de l'Art

La vie n'est longue pour personne, la seule question c'est d'en faire quelque chose

Vincent Van Gogh

 

Vue sur le jardin depuis la chambre de Van Gogh au monastère de Saint Paul de Mausole à Saint Rémy de Provence. Photo: Marinelle Balade Photos

                Du mois de décembre 1888 à mai 1890, Vincent Van Gogh fut interné à plusieurs reprises pour raisons de santé. Autorisé à peindre dans les périodes de guérison, c'est depuis sa cellule, entre les barreaux de sa fenêtre de chambre, que Vincent a peint une série de toiles plus extraordinaires les unes que les autres. Face à ces sujets de plein air, on peine à croire que le peintre se trouvait à l'isolement entre quatre murs; et pourtant, c'était le bien le cas. Avec une formidable capacité d'adaptation, Vincent a peint cette série qu'on ne peut aujourd'hui admirer sans en saisir la bouleversante profondeur biographique.

tableau de Vincent Van Gogh

Après l’affaire de « l’oreille coupée », qui n’était en fait qu’un lobe d’oreille – l’exagération provençale est bien connue – Les gendarmes trouvèrent Vincent Van Gogh, vidé de son sang et très faible ; ils l'amenèrent à l'hôpital d'Arles.

tableau de Vincent Van Gogh

Sans attendre le diagnostic du docteur Félix Rey, qui accueillit et soigna Vincent en qualité d’interne à L’hôtel-Dieu, il ne fallait même pas être médecin pour distinguer quelques facteurs qui faisaient présager depuis longtemps le dénouement tragique. La fureur avec laquelle Vincent s’était rué sur son œuvre – maintenant qu’en son Japon provençal il parvenait à réaliser dans ses tableaux et ses dessins, avec une aisance presque incroyable, ce qu’il vivait en esprit – devait miner peu à peu la constitution la plus solide. 1

tableau de Vincent Van Gogh

Cet effort journellement accompli du matin très tôt jusqu’au soir très tard, et pendant de longs mois, dans une chaleur à certaines heures presque tropicale dut provoquer inévitablement l’usure cérébrale. Aux vues de cette épuisante tension, qui dura neuf mois à peine, il entassa une œuvre considérable et magistrale que d’autres grands artistes mettent d’ordinaire plusieurs dizaines d’années à parachever après une carrière bien fournie. 1

tableau de Vincent Van Gogh

La consommation démesurée d’absinthe, soi-disant pour la détente de ses nerfs, affaiblissait sa défense organique au lieu de la régénérer. Et Lorsque cette tête fatiguée se heurta à l’inflexibilité provocante de Gauguin, l’écroulement mental devint pour ainsi dire inévitable. 1

tableau de Vincent Van Gogh

"Psychose maniaco-dépressive avec des crises de manies délirantes hallucinatoires aiguës, crises d'épilepsie temporale surajoutées s'aggravant lors des périodes d'états de dénutrition, surmenage, d'intoxication à l'absinthe, à la digitale, au camphre, au monoxyde de carbone, avec caféisme et tabagisme exagérés." 2

tableau de Vincent Van Gogh

La neurasthénie et l’affolement qui s’emparèrent de lui, à la suite de sa rechute et des menaces, et qui ne lui laissèrent plus ni repos ni trêve, où qu’il s’arrêtât, aggravèrent encore le mal au lieu de le calmer. La peur de soi et la crainte de son entourage incitèrent Vincent à fuir la société. Il se retira de son plein gré dans un établissement pour névropathes, l’asile Saint-Paul-de-Mausole à Saint-Rémy-de-Provence, à vingt-cinq kilomètres d’Arles. 1

tableau de Vincent Van Gogh

Lorsqu’il entra dans l’édifice, il aperçut comme la synthèse de son sort futur : les barreaux et les verrous qui dès ce moment le sépareront du monde. En d’autres termes, qui le protégeront du monde et le monde de lui ! Du coup, il se proposa d’exécuter avec résignation son « métier de fou », comme il l’a exprimé littéralement, en ayant soin toutefois de chasser de son esprit la hantise des barreaux et des verrous. Avait-il l’intuition que le génie derrière les barreaux, demeure toujours , malgré les barreaux, du génie ? 1

tableau de Vincent Van Gogh

Outre la peur d’une aggravation de sa maladie, un autre fait encore l’affligeait. Lorsque des améliorations de sa santé lui permettaient de quitter l’hôpital, il semait la panique partout où il se rendait ; la population adopta une attitude hostile et même agressive à son égard. Comme des oiseaux de basse-cour, qui donnent des coups de bec à une poule malade jusqu’à ce qu’elle succombe, les Arlésiens le poursuivaient dès qu’ils l’apercevaient et excitaient contre lui les gamins des rues. Par-dessus le marché, ils couronnaient cette conduite monstrueuse d’une pétition au maire dans laquelle ils revendiquaient la réclusion de leur bouc émissaire sans défense. 1

tableau de Vincent Van Gogh

19 mars 1889, lettre de Vincent à son frère Théo : « Un certain nombre de gens d’ici ont adressé au maire une lettre (il y avait plus de 80 signatures) me désignant comme un homme pas digne de vivre en liberté, ou quelque chose comme cela. Le commissaire de police ou le commissaire central a alors donné l’ordre de m’interner de nouveau. Toutefois est-il que me voici de longs jours enfermé sous clefs et verrous et gardiens au cabanon, sans que ma culpabilité soit prouvée ou même prouvable. Va sans dire que dans le for intérieur de mon âme j’ai beaucoup à redire à tout cela. Va sans dire que je ne saurais me fâcher, et que m’excuser me semblerait m’accuser dans un cas pareil." 3

tableau de Vincent Van Gogh

 Vincent poursuit sa lettre: "Ainsi tu conçois combien cela m’a été un coup de massue en pleine poitrine, quand j’ai vu qu’il avait tant de gens ici qui étaient lâches assez de se mettre en nombre contre un seul et celui-là malade. […] Naturellement, moi qui réellement ai fait de mon mieux pour être ami avec les gens, et qui ne m’en doutais pas, cela m’a été d’un rude coup. […] Tout ce que je demanderais, serait que des gens que je ne connais même pas de nom( car ils ont bien eu soin de faire ainsi que je ne sache pas qui a envoyé cet écrit en question) ne se mêlent pas de moi quand je suis en train de peindre, de manger ou de dormir ou de tirer au bordel un coup (n’ayant pas de femme). »3

 

tableau de Vincent Van Gogh

Vincent s’adapta plus vite qu’on ne l’aurait cru au milieu où il se trouvait, milieu bizarre, plein d’éléments souvent morbides. Il lui paraissait même possible d’y faire, à l’intérieur, des tableaux dont tout le monde pouvait croire à première vue qu’il les avait peints en plein air, au milieu d’un paysage rocheux dans la montagne.1

tableau de Vincent Van Gogh

Mais, réflexion faite, on se rend compte qu’il les a brossés simplement dans sa cellule, sous les verrous. Comme l’asile est situé tout près des Alpilles, Vincent en avait une vue superbe, de sa fenêtre au premier étage.1

tableau de Vincent Van Gogh

Cela explique, du moins partiellement, pourquoi il reprenait si souvent le même sujet. Si vous observez bien, vous constaterez qu'il s'agit toujours du même champ, des mêmes collines, du même mur d'enceinte. Tantôt il regardait un peu plus à gauche, tantôt il se tournait plus à droite et, en outre, il le peignit par beau temps et par mauvais temps. 1

dessin de Vincent Van Gogh

 

références:

1. Plusieurs extraits de cet article sont une adaptation de la biographie Van Gogh de Marc E. Tralbaut, publié aux éditions Hachette. Le travail de Tralbaut, malgré ses défauts, a au moins le mérite d’offrir un résumé honnête et efficace de la vie de Van Gogh.

2. Ce diagnostique se trouve dans Van Gogh, biographie passionnante et passionnée signée David Haziot aux éditions Gallimard.

3. Lettres de Vincent Van Gogh à son frère Théo.

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