Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Art & Culture

Art & Culture

par Hugues Folloppe


De Gaulle au Québec : se créer liberté

Publié par Hugues Folloppe sur 2 Septembre 2022, 15:03pm

Catégories : #Histoire, #Général de Gaulle

 Je n’irai pas au Québec pour faire du tourisme. Si j’y vais, ce sera pour faire de l’histoire

Général De Gaulle

 

N’y a-t-il pas une leçon d’histoire à tirer de la visite du Général De Gaulle au Québec en 1967 ? Pourquoi le Général montra-t-il à cette occasion un tel engouement envers cette province du Canada? Retour sur un moment unique.

 

Au début de l’année 1967, la réflexion du Général De Gaulle mûrit, ses résolutions se précisèrent: Renforcer l’influence française, damer le pion aux Etats-Unis, tels sont une fois encore les deux buts à l’évidence poursuivis par le général lorsque, le 15 juillet 1967, il s’embarque sur le Colbert, un croiseur de la marine nationale française, à destination du Canada français, où il doit visiter l’exposition international de Montréal.

 

En janvier de cette même année, il s’était déjà catégoriquement opposé à l’envoi de vœux à Ottawa à l’occasion de la célébration du bicentenaire du Canada.

 

« Le centenaire du Canada, avait-il rugi, c’est comme si on voulait fêter en 1989 le bicentenaire de la France ! Le Canada a été fondé il y a plus de quatre cent vingt ans quand Jacques Cartier en a pris possession au nom de François Ier. Après notre défaite en 1759, il y a eu un siècle d’asservissement et, depuis 1867, une subordination institutionnelle. Nous n’allons pas commémorer cette malheureuse date de notre histoire ».

 

Au moment de son départ, le 15 juillet 1967, personne n’imagine pourtant que, quelques jours plus tard, il va se livrer à une initiative inouïe, sans précédent dans les annales diplomatiques, en s’écriant : « Vive le Québec libre ! »1

 

Persuadé de voir juste et d’avoir peu de temps pour essayer de faire évoluer les choses dans la direction qu’il souhaite, le 10 août, au cours d’une allocution télévisée, il assène une vigoureuse volée de bois vert à la presse et aux partis québécois, à l’ « école du renoncement national », au « conformisme absurde et périmé de l’effacement »2

A Donnacona, il salue « un pays qui prend en main ses destinées ». A Sainte-Anne, il proclame : « Vous serez ce que vous voulez être ». A Trois-Rivières, il souligne : « Le Québec devient maître de lui-même pour le bien du Canada tout entier. » A Louiseville, il assure : « La France entend contribuer aux transformations matérielles et morales du Québec. » A Berthier, il souligne : « Vous prenez en main vos destinées politiquement et par les moyens modernes. » A Repentigny, il promet : « La collaboration dans les deux sens va aller en se développant ». Enfin, ce sera le fameux discours du Québec libre à Montréal.3

 

Quelle fut donc la signification cette percée québécoise de la part du chef de l’Etat français? Le grand homme, qui avait incarné la France libre pendant la Seconde Guerre mondiale, savait, mieux que quiconque, à quel point la liberté ne s’obtient qu’en menant le combat pour la recouvrer. Mais, par ses prises de paroles, De Gaulle dépassait largement le cadre du chef d’Etat nationaliste et englobait dans sa pensée politique les mots écrits par Albert Camus : « Ma patrie, c’est la langue française ». Il fut habité par l’obsession de contrer les Etats-Unis « Il faut lutter contre l’hégémonie américaine », déclara-t-il.

 

De Gaulle avait ainsi compris que le Canada, bien que monarchie parlementaire appartenant au Commonwealth, de par sa frontière avec les Etats-Unis, aurait bientôt fait d’engloutir la province du Québec dans la domination anglo-saxonne, ne laissait à cette dernière que quelques années d’existence encore.

 

Voilà pourquoi De Gaulle était résolu à intervenir pour aider le Québec, puisque territoire d’une histoire commune et d’une langue partagée. Avec le Québec, aujourd'hui encore - dernier territoire historique et politique d’origine française sur le continent américain, dernier David face à Goliath, dernier caillou dans la botte du géant - c’est avant tout la question de la francophonie qui est en jeu. Cette visite du chef de l’Etat français peut servir, encore aujourd’hui, d’exemple. De Gaulle savait prendre les situations les plus complexes en main et forcer les hommes à consentir à leur destin : « Le seul avenir possible pour le Québec, c’est de devenir souverain. Ça finira comme ça un jour ou l’autre » avait-il dit.

 

Les québécois de l’époque ne se sont-ils pas dit que si ce grand homme ancré dans l’Histoire et doté d’un sens aigu du destin avait pu être à leur tête, de grandes choses auraient pu s’accomplir ? C’est sans doute cet aperçu d'un arbre des possibles que le Général souhaitait donner là-bas.

Pour le dire comme le disent les québécois : la politique, c’est n’est pas de la chicane. La politique peut faire souffrir un peuple tout entier, ou bien tendre à l’épanouissement d’une nation. Mais, comme le signale le sociologue Mathieu Bock-Côté : « Les Québécois ont beau se faire croire qu’ils construisent leur société par eux-mêmes, cela devient une triste illusion.» Quel est donc le problème ?

 

Sur une radio de Montréal, Joseph Facal, sociologue et politologue, admet qu’il existe au Québec un manque de culture politique. En vérité, comment pourrait-il seulement en être autrement lorsque c’est la politique canadienne elle-même qui incite à l’effacement de la mémoire ?

 

Les anglo-saxons ne jurent que par le multiculturalisme qui consiste à l’atténuation de l’identité nationale. Le multiculturalisme, c’est la grande orgie idéologique; raison pour laquelle la Constitution française de 1958, celle toujours en vigueur aujourd'hui, ouvre son article en plaçant l'adjectif Indivisible en tête. "Indivisible" , c'est l'opposé du communautarisme qui fait monter les tensions entre "groupes" d'individus (les Noirs contre les Blancs, les femmes contre les hommes, les gays contre les hétéros, et cetera). Depuis 2020 en France, ce communautarisme est promu par la vague Woke en provenance des campus universitaires américains.

Le Général de Gaulle au Québec

Or, pour garder l'exemple du Canada, « on le sait, le multiculturalisme est une doctrine d’Etat au Canada » - écrit Mathieu Bock-Côté- , « c’est justement cette prétention à se fonder sur une utopie plutôt que sur une mémoire qui en ferait un paradis diversitaire à nul autre pareil parmi les sociétés contemporaines »5

 

Ainsi, chers cousins québécois, par le biais de la mondialisation, vous atteindriez un paradis terrestre qui vous délivrerait de toute attache historique ! Voilà qui est amusant. Grâce à cela, vos mémoires effacées deviendraient les seules capables à une ouverture à l’autre, s’opposant du même coup à l’affreux repli identitaire synonyme de négativité historique. Que reste-t-il désormais du récit national québécois transmis par l’Etat aux jeunes générations ?

 

Souvenez-vous de ce que Victor Segalen écrivait à propos du peuple tahitien dans son livre Les Immémoriaux : les Tahitiens ayant trahi leur langue et leur coutume, leur monde se meurt.

 

Gardons un oeil attentif sur ce qui arrive au Québec, car cette région pourrait bien être servir d'exemple à beaucoup d'autres...

 

 

 

Références citées:

1. Charles De Gaulle, Eric Roussel, éditions Tempus. pp.472-473

2. idem, p.489

3. idem, P.482

4. Mathieu Bock-Côté, https://www.journaldemontreal.com/2022/08/24/le-recensement-et-les-electionshttps://www.journaldemontreal.com/2022/08/24/le-recensement-et-les-elections

5. Le Multiculturalisme Comme Religion Politique, Mathieu Bock-Côté, éditions Politique Lexio, p197.

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article