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Art & culture: un autre regard.


Pourquoi a-t-on affamé les Indiens d'Amérique?

Publié par Hugues Folloppe sur 6 Août 2018, 11:00am

Catégories : #USA

Pourquoi a-t-on affamé les Indiens d'Amérique?

 © Tous droits réservés: Hugues Folloppe, 2018.


"L'Indien et le bison - locataires communs et originels du sol, et fugitifs communs face à l'approche de l'homme civilisé". (1) 


Les visages pâles délogent les peaux-rouges.
       Au 19ème siècle, les Etats-Unis représentent la possibilité d'une vie meilleure pour grands nombres d'européens. La vague d'immigration, dans la continuité des premiers Pères Pélerins de 1620, ne cesse d'augmenter.  Les irlandais en tête, suivis par les allemands et les britanniques, tous débarquent en masse sur ce continent nouveau chargé des promesses d'un avenir souriant.  En seulement vingt ans, la population américaine a presque doublé, passant de 5,3 millions à 9,6 millions d'habitants. Bien entendu, l'espace vient rapidement à manquer pour parvenir à caser tout ce beau monde et les terres agricoles de l'Est se retrouvent largement occupées. Le mouvement d'appropriation du territoire s'étend alors de l'Est vers l'Ouest, et ce au mépris total de nombreux propriétaires déjà présents.... les indiens ! De nouveaux locataires qui cherchent à expulser les anciens propriétaires, voilà qui est étonnant !

Certes, en 1791, Thomas Jefferson, pas encore président des Etats-Unis avait bien déclaré que les "Indiens étant les premiers occupants, ils possèdent le droit du sol". Hélas, au début du 19ème siècle les blancs dépassent en nombre les Indiens - une balance qui penche à environ huit blancs pour un indien ! Les Indiens se tiennent à l'écart ou sont submergés par la marée toujours croissante de l'émigration.  les colons se demandent alors comment ouvrir les terres à l'agriculture, au commerce, aux marchés, à l'argent et au développement de l'économie capitaliste moderne si un "déplacement" des Indiens ne s'effectue pas?

    "Le déplacement des Indiens, comme on l'a poliment appelé, a défriché les terres pour l'occupation blanche (....) pour l'expansion, l'immigration, les canaux, les chemins de fer, les nouvelles villes et la construction d'un immense empire continental jusqu'à l'océan Pacifique." (2)

 

La raison du destin.
                           À la fin des années 1830, presque toutes les sociétés indiennes importantes à l'est du Mississippi avaient été déplacées à l'ouest. Les années suivantes, les Blancs qui se déplacent vers l'ouest s'imaginent les territoires qu'ils pénètrent comme des terres vierges, sans civilisation préexistante. Les indiens étaient des obstacles à éliminer. Quelle aberration ! Hélas, cette aberration est en réalité une idéologie bien ancrée dans l'esprit américain; elle porte le nom de Manifest Destiny; en français, une destinée manifeste. Cette idéologie fera l'objet d'un prochain article sur ce site. Mais pour résumer, de quoi s'agit-il? En évoquant le terme de Destinée Manifeste,

il faut se représenter à l'esprit une vision idéaliste de la perfection sociale qui repose sur l'idée que l'Amérique est destinée par Dieu et par l'Histoire à étendre ses frontières sur un vaste territoire. Il faut savoir que cette idéologie américaine a fait de nombreux dégâts, et pas seulement chez les indiens. Ainsi en 1870, quand une association minière anti-Sioux déclara que "les riches et belles vallées du Wyoming étaient destinées à l'occupation et à la subsistance de la race anglo-saxonne. [...] Le destin des aborigènes est écrit en lettres dont on ne peut se tromper. Le même Arbitre impénétrable qui a décrété la chute de Rome a prononcé la fin de l'extinction sur les hommes rouges d'Amérique."(3), personne ne trouva cette divine justification incongrue.


                 Les indiens résistent à leurs agresseurs sur cette terre qui n'a jamais porté le nom d'Etats-Unis ni même d'Amérique, puisqu'ils la nomment depuis toujours Turtle Island, l'île de la Tortue. De nombreuses batailles sont livrées, elles se finissent toutes dans un bain de sang. Les Blancs massacrent de manières horribles, sans morale, les hommes, les femmes et les enfants sans distinction. Des massacres de Sand Creek à Wounded Knee, ce sont plus de trente années de tueries où l'armée américaine sort à chaque fois victorieuse car supérieure en nombre et armes à feu. Tous les grands chefs de tribus en conviennent: les indiens peuvent tuer des blancs, ces derniers reviennent toujours et encore plus nombreux et mieux armés. Face aux fusils et aux canons, que peuvent leurs malheureuses haches et flèches?

 

Des traités, toujours des traités.
     Les indiens veulent la paix. Tous les chefs finissent par s'accorder sur ce point; ils se tiennent à disposition des pourparlers en échangent d'une paix quelconque. Toutefois, la paix des Blancs portent un drôle de nom: traités. Les généraux américains sont quasiment obsédés par l'idée de faire signer des traités aux chefs de tribus. Soit ! Les chefs signent. Après tout, si leur simple signature sur leurs papiers apportent la paix... Erreur ! Les chefs de tribus ne savent pas lire. Ils signent des documents établis par les américains, pour les américains.

"Le gouvernement des États-Unis avait signé plus de quatre cents traités avec les Indiens et violé chacun d'entre eux", confirme l'historien Howard Zinn. Les indiens devaient théoriquement gagner la paix, mais en échanges de territoires immenses. La terre des indiens est ainsi peu à peu grignoté; ils perdent de l'espace, on leur vole leur sol.  Pour éviter les guerres qui coûtent cher aux Etats-Unis, les américains acceptent de laisser aux indiens quelques zones. Ils appellent ces zones des "réserves", sorte de camps de concentration à l'air libre. Evidemment, dans ces réserves rien n'est approprié à la vie nomade. "Très ancienne dans la vision du monde amérindienne est la conviction que la terre est vitale, qu'il y a une dimension spirituelle, une dimension dans laquelle l'homme existe à juste titre"(7). Les indiens ne s'installaient pas n'importe où; et l'on peut voir en cela des raisons autant mystiques, généalogiques, historiques, que pratiques:  les villages indiens ne s'installent pas là où les terres sont arides, désertiques, emplie de moustiques, et - le plus important - sans aucun bison. Car, que seraient les indiens sans ces immenses troupeaux sauvages de bisons?


Le massacre des bisons.
On pourrait presque dire que sans bisons, il n'y aurait pas d'indiens.

"Il y a, d'après un calcul juste, plus de 300.000 Indiens qui subsistent maintenant grâce à la chair des bisons, et qui sont pourvus tout le luxe de la vie qu'ils désirent grâce à ces animaux[...]"(1).

Le bison rend de grands service à la communauté indienne. Une fois chassé par les hommes de la tribu, ce sont les femmes qui sont chargées de le travailler, d'en extraire toutes les possibilités. Ainsi "chaque partie de leur chair est transformée en nourriture, sous une forme ou une autre, et les indiens subsistent entièrement grâce à elle. Les robes des animaux sont portées par les Indiens au guise de couvertures - leurs peaux, quand elles sont tannées, servent de couverture pour leurs loges, et pour leurs lits ; déshabillées, elles sont utilisées pour la construction de canoës - pour les selles, pour les brides [...]. Les cornes sont transformées en poches et cuillères - les cerveaux sont utilisés pour habiller les peaux - [...] et d'autres sont brisés pour la graisse de moelle qui y est contenue. leurs tendons sont utilisés pour les ficelles et le dos de leurs arcs - pour enfiler leurs perles et coudre leurs robes."(1)


    Alors, bien sûr, pour trouver les bisons, les indiens sortent de leurs réserves forcées. L'armée américaine ne parvient pas à contrôler le flux des chasseurs qui sortent. C'est là qu'entre en jeu une idée tout à fait perverse, une tactique de Blancs pour asservir les indiens. Les américains vont tuer les bisons et obliger ainsi les indiens affamés à venir chercher leur nourriture auprès d'eux, sous condition d'accepter de rester dans des réserves.

 

"De cette façon, les Wasichus affamaient les indiens et les forçaient à vivre dans des "réserves" appauvries sur leur propre terre"(5).

Wasichus était le nom que les indiens donnaient à tous ceux qui étaient blancs de peau. Les américains ont donc affamé les indiens pour mieux les anéantir. Pour tenir soumis ces nomades si ivres de liberté, ils ont cherché à éradiquer leur approvisionnement principal en nourriture. Ainsi,  "Des bandes de Comanches, Kiowas, Cheyennes, Cheyennes et Arapahos ont erré sans relâche, trouvant quelques petits troupeaux, mais beaucoup ont dû se replier sur leurs réserves pour ne pas mourir de faim. ". (3)
              En peu de temps, Les soldats américains exterminent aveuglément les troupeaux. On ne parlera que des bisons, mais des milliers de chevaux et poneys connaîtront le même sort. Le Général Shéridan appuie de tout son poids à cette extermination sanglante: "Qu'ils tuent, dépouillent et vendent jusqu'à ce que le buffle soit exterminé, car c'est le seul moyen d'apporter une paix durable et de permettre à la civilisation d'avancer"(3). Il parle bien sûr d'une paix par soumission, une paix par la faim. Les massacres d'animaux laissent des paysages entiers couverts de cadavres qui pourrissent sous le soleil. En l'espace de deux ans, 3 550 000 bisons sont exterminés.

Le spectacle est abominable. C'est une véritable catastrophe pour l'équilibre des territoires et des peuples qui y vivent. Les peuples indiens sont vaincus. Les bisons sont partis. Même les Lagunas, ce peuple indien du Nouveau-Mexique, réalisent alors l'ampleur de la catastrophe: "Et c'est alors que les Laguna ont compris que la terre avait été prise, parce qu'ils ne pouvaient pas empêcher ces Blancs de venir détruire les animaux et la terre". (4)
Avec la diminution du nombre de bisons, c'est la fin d'une civilisation qui advient. L'homme blanc a désiré ardemment cette terre, mais il n'a pas voulu qu'en son rêve d'idéal d'autres puissent exister conjointement. Henri David Thoreau, le philosophe de la ville de Concorde - passionné par cette civilisation indienne disparue, et qui collectionnait les faits historiques en vue décrire un ouvrage à ce sujet - nous livre sa pensée, son ressenti au sujet d'une telle volonté blanche à exterminer  "La terre est parsemée des reliques d'une race qui a disparu aussi complètement que si elle avait été foulé aux pieds avec la terre"(6)

                 Sait-t-on si les américains, depuis lors et d'aujourd’hui , en ont pleinement pris conscience?

 


Toutes les citations sont traduites de l'américain par l'auteur.


Bibliographie:

(1) George Catlin, Letters and Notes on the Manners, Customs and Condition of the North American Indians,1841.
(2) Howard Zinn, A people History of the United States, Modern Classics.
(3) Dee Brown, Bury my heart at Wounded Knee, an Indian History of the American West, 1970.
(4) Leslie Marmon Silko, Ceremony, 1977.
(5)Alice Walker, Living by the world, 1989.
(6) Henry David Thoreau, Journals, 1837-1861.
(7) N. Scott Momaday, National Geographic, Juillet 1976.

 

Crédits photos:

Photographie du Chef Severo et de sa famille env.1899

Tableau de John Gast intitulé American Progress, 1872.

Le calumet de la paix, Museum of the American West.

Deux peintures par George Catlin.

Buffalo skulls at Michigan Carbon Works, a Detroit charcoal and fertilizer factory (c.1880). Courtesy Burton Historical Collection, Detroit Public Library. 

 

© Tous droits réservés: Hugues Folloppe, 2018.

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Commenter cet article

Millepatte 17/05/2020 21:42

C'est monstrueux...
Merci pour ce partage. C'est important de le savoir.

Gabiben 23/04/2020 10:46

Belle découverte que ces deux articles sur les indiens ....vérités qu'il est bon de rappeler....Merci

Hugues Folloppe 23/04/2020 12:41

Ça fait plaisir ! Merci à vous.