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HuguesFolloppe.com

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Art & culture: un autre regard.


Cinéma: Oui à la vie !

Publié par Hugues Folloppe sur 18 Avril 2020, 08:00am

Catégories : #Cinéma

Voici sept films qui peuvent vous inspirer le sentiment du grand OUI ! à la vie. Sept films pour chaque jour de la semaine, ce qui devrait vous donner une pêche d'enfer pour aborder la suite des événements. Bonnes séances!

 

LUMIÈRE ! L'AVENTURE COMMENCE.

Thierry Frémeaux, 2016.

Commençons par ce film, réalisé par Thierry Frémeaux. Bien que sorti en 2016, je le place en premier dans l'ordre chronologique. La raison de cette incohérence? Les images de ce film sont les toutes premières jamais filmées de l'histoire du cinématographe.      L'histoire du cinéma débute par ce film; ou disons plutôt par ces films, car Lumière! rassemble les  tous premiers films du cinéma mondial. Ce film est composé de 108 films différents. Chacun d'eux fait 50 secondes très exactement. Pourquoi 50 secondes? C'était la durée offerte par la pellicule de cette fin 19ème début 20ème siècle. Le temps écoulé, il fallait recharger la caméra avec une nouvelle bobine. L'histoire démarre en 1895 et se termine en 1905. 

Voir ce film, c'est découvrir ce par quoi tout a commencé; c'est ressentir les premières émotions véhiculées par cet art qui naît. Amoureux du cinéma, amateurs de poésie visuelle et tout simplement curieux, voyez ce film, vous y apprendrez les origines de cet art.  "Un trésor mondial" titre l'affiche, et c'est vrai. Lorsque le film se termine, étrange sensation de le voir se poursuivre dans nos propres yeux. Oui, si le film vous a passionné, vous vous mettrez à voir autour de vous comme à travers la petite boîte contenant la pellicule. Vous irez même à vous demander si votre vie n'est pas, au final, elle aussi un collage de petits bouts de cinquante secondes! Lumière!

 

LE DICTATEUR

Charlie Chaplin, 1940

 

Ce film est un subtil équilibre. Le spectateur y  marche sur la corde raide. Il débute avec ce qui pourrait passer pour une simple accumulation de gags gentillets et drolatiques  de Charlot. Mais on s'aperçoit bien vite que le sujet se veut autre, qu'il ne se résume pas en une simple parodie de la Seconde Guerre, qu'il s'approfondit sérieusement en somme,  et cela sans perdre son potentiel comique, ce qui dépasse largement les autres films du genre. Quelle idée géniale d'imaginer qu'un barbier juif pourrait être le sosie parfait du plus dangereux des nazis, à savoir Hinkel (ersatz du Hitler réel) !

D'ailleurs, dans son autobiographie, Charlie Chaplin lui-même se souvient qu'un curieux trouble l'avait saisi lorsqu'on lui montra des cartes postales représentant Hitler en train de prononcer un discours: "Le visage était terriblement comique: une mauvaise imitation de moi, avec sa ridicule moustache, ses cheveux mal coiffés qui pendaient en mèches dégoûtantes, sa petite bouche mince. Je n'arrivais pas à prendre Hitler au sérieux."

N'oublions pas que la réalisation du film s'effectue à la fin des années 1930; Chaplin écrira plus tard: "Si j'avais connu les réelles horreurs des camps de concentration allemands, je n'aurais pas pu réaliser Le Dictateur; je n'aurais pas pu tourner en dérision la folie homicide des nazis." Mais à l'époque, le voilà bien décidé "à ridiculiser leur bla-ba mystique sur les races au sang pur".

Alors, Chaplin eut le génie d'être aussi bon comédien que réalisateur, aussi bon scénariste que mélomane et, ce film dans lequel il emploie la parole pour la première fois de sa carrière, devient extraordinaire. Pour la première fois, Charlot parle, et ce qu'il dit bouleverse l'humanité toute entière. 

 

 

MON ONCLE

1958. De Jacques Tati 

Prix spécial du jury au Festival de Cannes de 1958, il obtient l'Oscar du meilleur film étranger en 1959.  

Quel enfant n'a jamais rêvé d'avoir un oncle comme celui-là? Alors que le jeune Gérard s'ennuie dans la maison ultra-sophistiquée de ses parents, monsieur et madame Arpel, son oncle Hulot fait quelque peu figure de marginal. En effet, il ne vit pas comme les gens "évolués", ne semble pas connaître le "progrès" technologique, et ne comprend pas facilement les subtilités des manières sociales.  

Tout Tati est dans ce film. Les tous premiers plans  - ceux du générique - ne paraissent-ils pas sortir tout droit de PlayTime, le film qu'il réalisera à la suite de celui-ci? La poésie oscille entre l'art de guitare tendre qui accompagne les places de cette vieille France et la musique jazz plus subtile, mais aussi plus frénétique, qui est jouée dans les quartiers haut-standing. Ces places qui nous rappellent Jour de fête, son premier film, avec ses charrettes, ses chevaux, ses employés municipaux, son marché, et ses chiens perdus qui fouillent les poubelles! Et c'est sur l'une de ces places que l'on découvre justement la maison de cet oncle décalé, un certain Monsieur Hulot. La maison est aussi poétiquement originale que le bonhomme qui y habite. L'architecture, dans les films de Tati, révèle la personnalité des personnages. Hulot n'est d'ailleurs pas à son aise dans la demeure de son gendre, ni plus que sur son lieu de travail. Personnalité authentique et naïve, Hulot est une sorte de Gaston Lagaffe existentiel: poésie, refus du rythme effréné, questionnement sur la société, l'oncle de Gérard représente l'être inadapté à la sophistication du monde. Il est l'être humain dans toute sa singularité; celui qui n'a pas intégré en lui les canons du temps présent. Ce film est un poème en images.

 

 

ORFEO NEGRO

1959. De Marcel Camus

Palme d'or du festival de Cannes en 1959, il obtient l'Oscar du meilleur film étranger en 1960.

Le premier exploit du réalisateur Marcel Camus est d'avoir su mettre en scène  le mythe d'Orphée et d'Eurydice en le transposant de Thrace à Rio de Janeiro, qui plus est pendant le carnaval de Rio.  Idée brillante qui aurait pu se révéler un désastre en d'autres circonstances, mais que Marcel Camus a superbement maîtrisé. Il faut le dire: un film que l'on présenterait sous le seul aspect d'une adaptation d'Orphée et Eurydice ne rencontrerait sans doute pas beaucoup de succès auprès du public. Or, l'adaptation est ici si bien sentie et maîtrisée, que l'on viendrait à se demander comment on a pu ignorer un tel mythe jusqu'à aujourd'hui. 

De quoi s'agit-il ? D'amour. Sur les hauteurs de Rio, au cœur des favelas où les chats et chiens vivent avec les habitants, la grande question est celle de l'amour. Beauté des corps, quiproquos amoureux, jalousies, fiançailles, désir, se mêlent à la danse. On y danse beaucoup, c'est le carnaval le plus célèbre au monde! Les chansons - qui sont depuis devenues mondialement connues - emportent l'âme hors de la pauvreté et rendent l'existence supportable. Nous assistons aux joies des corps sains, à la chaleur des nuits où la foule transpire à force de danser. L'éternel jeu de l'homme et de la femme y est montré avec l'exubérance des pays chauds. Beauté de l'interprétation, beauté suave de la photographie, beauté des décors, beauté de la bande son... Que dire d'autre? Si ce n'est: superbe!

 

 

SOY CUBA.

1964. De Mikhail Kalatozov.

Soy Cuba est un film cubano-soviétique sorti en 1964 et réalisé par un certain Mikhail Kalatózov. 

Non, je n'ai pas perdu la tête en vous proposant ce film.

Oui, il s'agit bien - à la base - d'un film de propagande en faveur du régime communiste de Fidel Castro. Mais attendez la suite!

Le film n'a pas été bien accueilli par la censure russe et le public cubain. Il est complément tombé dans l'oubli jusqu'à ce qu'il soit redécouvert par  des réalisateurs comme Martin Scorsese, trente ans plus tard, qui a lancé une campagne pour promouvoir sa rediffusion.

Et là, découverte majeure: ce film est une oeuvre poétique, tragique qui allie sublime et intelligence,  une symphonie visuelle à couper le souffle. Qu'est-ce que deux heures et vingt-minutes de film quand il s'agit d'un tel objet? On quitte ce noir et blanc splendide avec les yeux emplis de couleurs.

Le film se compose de quatre courtes histoires sur la souffrance des habitants de Cuba pendant la dictature de Batista et leurs réactions, allant de l'étonnement passif à la marche des guérillas. Entre les histoires, un narrateur (représentant "la voix de Cuba") énonce des choses telles que "Je suis Cuba, le Cuba des casinos, mais aussi du peuple". 

Alors, s'agit-il du plus beau film au monde? Je ne serais pas loin de le penser, encore me faudrait-il avoir vu tous les films pour en être certain. 

 

 

CHAMBRE AVEC VUE

1986. De James Ivory.

Voici un film qui possède la capacité de nous faire comprendre qu'à l'éternel "Pourquoi?" de la vie il y a un "Oui". C'est exactement ce qu'explique l'un des personnages les plus importants du film: Henry Emerson, dont le fils George tombe éperdument amoureux de Lucy, une demoiselle chic de la haute société anglaise. Lucy a grandi dans les canons de la bonne société, les convenances, l'éducation de façade. Au cours d'un voyage en Italie, Lucy fait la rencontre des Emerson. Le père et le fils passent pour des êtres sympathiques quoique décalés dans leur manière de vivre. Or, ce nom de famille, Emerson, est la clé du film, puisqu'il se rapporte au philosophe transcendantaliste américain Ralph Waldo Emerson. Preuve en est, le seul livre que le père demande à son fils de garder est un livre de Henry David Thoreau... ami du philosophe dans la réalité.

D'ailleurs, le père Emerson s'appelle... Henry, dans le film - j'espère que vous suivez. Et lorsque le révérend, ami de la famille, passe leur rendre visite, il trouve un livre de Lord Byron, un poète romantique du 18e siècle dont la vie est connue pour avoir été sulfureuse et décadente à souhait. Pourquoi ce point de détail? Parce que le fils Emerson, lui, s'appelle George... qui est le véritable prénom de Lord Byron dans la vraie vie ! Ah, là, il faut suivre ! Voyez un peu la combinaison détonante implicitement évoquée dans ce film. D'ailleurs, voici un film qui fut d'abord un livre de E.M. Forster. Bref, vous l'aurez compris, il existe un lien puissant entre cinéma et littérature dans ce film. Et sa philosophie consiste aussi à saisir la vie au sens le plus naturel possible. Il éclate en lumières, en paysages, et en parfums dans cette Italie ancestrale où l'on évoque Virgile et Dante. Un plaisir sensuel et poétique donc que cette réalisation de James Ivory, où chaque acteur incarne parfaitement son rôle, et nous élève vers un sentiment d'humanité.

 

LE CERCLE DES POÈTES DISPARUS

1989. De Peter Weir.

Monsieur Keating représente certainement la figure du professeur de lycée tel qu'il faudrait que les enseignants soient tous, autant que possible. Or, être un professeur non conformiste, visant l'épanouissement des personnalités par le biais de la poésie, du théâtre, de la beauté de l'instant présent, voilà qui ne correspond aucunement à l'esprit de cette grande école américaine des années 1950. C'est d'ailleurs le paradoxe du film: on pourrait se demander comment une figure enseignante si originale pourrait vraiment passer tous les stades de l'apprentissage classique pour en arriver à exercer dans une si haute institution scolaire. Il y a déjà en soi de la philosophie cynique - au sens antique du terme -  dans ce personnage. Monsieur Keating n'est donc pas un professeur de lettres anglaises ordinaire. Son amour de la poésir est véritable. Grâce à lui, les élèves comprennent que les mots ne sont pas que simple rhétorique et savant calcul de gens pompeux; ce sont les mots d'artistes qui ont vécu et ressenti l'amour, le désir, la douleur, l'angoisse, la mort. Son adage est carpe diem - cueillez le jour présent - et ses références littéraires sont celles des plus grands poètes américains: Walt Whitman, dont il demande aux élèves d'utiliser les fameux mots "O capitaine, mon capitaine" pour l'appeler. Mais aussi Robert Frost, dont il cite l'un de ses plus célèbres poèmes:

"Deux routes divergeaient dans les bois et moi.../ J'ai choisi la moins fréquentée des deux/ et cela a fait toute la différence".  

Ce qui constitue en soi tout un programme de vie, vous en conviendrez. Avec de telles références, se présentant face à des élèves - jeunes adultes, encore adolescents, au seuil de la vie mature - entre ce qui leur reste d'émerveillement dû à la jeunesse et le basculement vers une vie adulte sans originalité, autant dire que Monsieur Keating détonne et influence ses élèves d'une manière peu orthodoxe. Bien sûr, il y aura des réfractaires;  on pourra constater dans la scène finale que tous les élèves ne soutiennent pas l’originalité du professeur. Ces élèves-là sont déjà passés du côté irrécupérable de la conventionnalité. Quant aux autres, ceux qui se seront levés pour lui rendre hommage, ceux-là peut-être resteront marqués à vie

Enlevé par le jeu d'acteur de Robin Williams tout empli ici d'humanité - J'ai d'ailleurs toujours pensé qu'il avait reçu un oscar pour son rôle dans Good Will Hunting, personnage d'une sensibilité analogue, parce qu'il ne l'avait pas obtenu sur le moment pour le Cercle des poètes disparus -  et par la mise en scène celtique de Peter Weir, accompagnée par la musique de Maurice Jarre, ce film referme les années 80 avec tout ce que celles-ci pouvaient retenir encore d'une poésie aujourd'hui enfuie. 

 

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