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HuguesFolloppe.com

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Art & culture: un autre regard.


L'Américaine télé française.

Publié par Hugues Folloppe sur 11 Janvier 2021, 15:19pm

Catégories : #Cinéma

 

Quand, dans les années 1950, André Malraux mettait au point un projet qui consistait à éduquer la jeunesse par le biais de la télévision (https://www.cairn.info/revue-le-temps-des-medias-2013-2-page-122.htm), pouvait-il seulement imaginer que quelques décennies après sa disparition cette même télévision deviendrait un jour le principal média de la destruction culturelle française ?

Les exemples pullulent ; on pourrait même dire qu’on ne sait trop quel exemple choisir.

Choisissons un soir de forte audience afin de ne pas donner l’impression de mettre en exergue une exception. Prenons le dimanche soir à la date du 10 janvier 2021 et zappons sur une chaîne publique, France 2. Voyons le film diffusé en première partie de soirée, à 21 heures : il s’agit d’un film américain de Martin McDonagh intitulé 3 Billboards. Même si le film en lui-même ne fait pas dans la dentelle psychologique, même si les personnages sont caricaturaux à outrance, même si les sentiments sont enrobés de guimauve sur fond de violons, même si le scénario connaît des vides et des simplifications, tout cela reste du goût de chacun et le vrai soucis n’est pas là. Le problème réside bien plutôt dans l’insoutenable violence portée par le film. Au fil et à mesure du déroulement, le film s’engage sur la voie d’une violence croissante.

Que le personnage du policier crache un sang bien rouge au visage du personnage féminin, passe encore ; que le père de famille tente d’étrangler son ex-femme et se voit freiné par son propre fils qui lui colle un couteau de cuisine sous la gorge, passe (peut-être) encore ; mais peu à peu la tension monte et voilà qu’arrive une scène dont raffole le cinéma américain : un officier de police décide de casser la figure à l’employé d’une agence qui se trouve juste de l’autre côté de sa rue. Que fait-il ? Il sort du bureau de police vêtu de son uniforme de policier, traverse la rue, n’ouvre pas la porte d’entrée mais la casse avec sa matraque, monte les escaliers qui mènent au premier étage en sortant son flingue, entre dans les bureaux de l’agence, rencontre l’employé en question, assène deux coups de poings dans la figure de l’employé qui se retrouve par conséquent avec le visage en sang, puis brise les vitres des fenêtres, soulève l’employé et le balance par la fenêtre, rencontre la secrétaire affolée et lui assène deux coups de poings dans la figure qui, elle aussi, se met à saigner, enfin redescend les escaliers, retrouve l’employé défenestré qui gît sur le trottoir et lui recolle quelques coups de matraque dans la tronche histoire de parfaire son travail. Durant toute la scène, le personnage du policier a agi comme dans un jeu vidéo dans lequel il pouvait tout détruire à son désir, où il pouvait déchaîner la plus extrême violence à l’encontre de plus faibles que lui.

Bien entendu, on vous dira que c’est justement cette violence que le réalisateur du film a voulu dénoncer, et qu’il ne pouvait pas le faire autrement qu’en la montrant à l’écran. Mais, petit détail (?), ce film diffusé à une heure de grande écoute affichait un pictogramme d’avertissement n’allant pas plus loin que l’âge de 10 ans. Ce qui signifie que tout parent consciencieux pouvait sans se préoccuper laisser voir ce film à une enfant de 11 ans !

       Bien sûr, on vous dira qu’il s’agissait là de dénoncer les abus policiers qui se déroulent aux Etats-Unis, dans cet état du Missouri où cette pauvre mère dénonce comme elle peut le meurtre de sa fille qu’on a retrouvé violée et étranglée. Comme si le but était de diffuser à la télévision française les films aux sujets les plus sordide des Etats-Unis, France 2 en rajoute une couche avec le film de 23 heures qui suivait celui-ci. Cette fois, dans Kings, une adolescente noire est abattue par la propriétaire d'une épicerie coréenne, déclenchant des mouvements de protestation dans le quartier. Un de ses habitants, Ollie, quinquagénaire blanc, réagit violemment en tirant des coups de fusil à pompe. Bref, un sujet tout aussi américain, dans la même veine que le premier film, sauf que cette fois, précautions prises, le film est diffusé en seconde partie de soirée avec un pictogramme d’avertissement limitant le visionnage aux moins de 12 ans… On croit rêver ! Des scènes réelles de tabassages sont intégrées au film et bien entendu, une nouvelle fois, on vous expliquera qu’il était important de dénoncer ce qui se passe en ce moment aux Etats-Unis.

Oui, les événements qui se déroulent en Amérique du Nord sont épouvantables, mais nous faut-il pour autant, à nous Français, en endosser l'horreur à longueur de soirée? En quoi ce triste spectacle américain doit-il prendre le pas sur le nôtre ?

The Revenant, No Country for Old Men, One Million Dollar Baby, There will be blodd, 12 years a slave, le Joker... pour ne citer que ces films-là, tous oscarisés, tous comportant des scènes d'une violence insoutenable, et tous diffusés un jour ou l’autre sur notre télévision publique.  Sommes-nous contraints d’emboîter le pas à l’Amérique en matière de violence ? N'allons-nous pas vers un Bowling for Colombine  à la française, titre du documentaire signé Michael Moore concernant la violence aux USA à force de nous référer à une agressivité qui ne fait pas partie de notre Histoire?  Si vous ne remarquez plus la violence, c’est parce que vous vous y êtes accoutumés.  C'est la raison pour laquelle, sur ce site, nous vous invitons à vous tourner vers un cinéma qui peut vous redonner goût  à la vie avec cet autre article ci-dessous.

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